Guerilla social club

Guerilla social club

Quatrième de couverture

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d'Amérique latine dans les années 1970 et 1980.

Parmi ces disparus figure l'un des amis du journaliste madrilène Diego Martin. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l'avocate Isabel Ferrer. Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l'Espagne à l'Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l'Histoire. Ce qu'ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l'opération Condor, le rapace continue de voler.

L'auteur de l'acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l'Europe et l'Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d'anciens guérilleros... Ennemis un jour, ennemis toujours.

Marc Fernandez est né en 1973. Journaliste, il a notamment été chargé de suivre l'Amérique latine et l'Espagne pour Courrier international. Il a également cofondé la revue Alibi, consacrée au polar et dont il a été rédacteur en chef. Aujourd'hui directeur de la collection «Sang neuf» chez Pion, il continue d'écrire pour divers médias. Il a publié son premier roman. Ma/a Vida, aux éditions Préludes en 2015.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Macha Séry - Le Monde du 30 mars 2017

Extrait de Guerilla social club

Extrait du prologue

Près de Santiago du Chili, 7 septembre 1986.

Il doit mourir. C'est la seule solution. La peine capitale pour tout le mal qu'il a fait, qu'il continue de perpétrer. Sa voiture blindée ne le sauvera pas. Boum. La mort après un dernier virage. Un salaud de moins sur cette terre. Et une lueur d'espoir pour les autres.
Le jeune homme est assis au pied d'un arbre. Il mâchonne un bâton de réglisse pour oublier qu'il a envie de fumer. Deux heures qu'il attend là. Les cheveux noirs coupés court, des yeux noisette qui virent au vert selon la lumière. On devine une allure athlétique et des bras musclés sous un simple tee-shirt noir. De taille moyenne, il porte un treillis, noir aussi, et des Rangers. Un foulard rouge couvre en partie un visage bronzé et juvénile. Il n'a pas encore vingt ans. Près de lui, appuyé contre le tronc, un lance-roquettes. Un fusil d'assaut M16 en bandoulière, une arme de poing à la ceinture et deux grenades complètent son équipement.
Treize ans que Pinochet est au pouvoir. Combien de disparus ? Combien de torturés ? Combien de tués ? Des centaines, des milliers même. Des hommes, des femmes, parfois des enfants. Depuis ce 11 septembre 1973, en ce jour où l'aviation avait lâché ses bombes meurtrières sur le palais présidentiel, et où le président, élu par le peuple, après des heures de résistance armée, entouré d'un petit groupe de fidèles, avait choisi de se coller une balle dans la tête plutôt que de se rendre. Celle-là, ils ne l'avaient pas vu venir, les putschistes. On appelle ça un héros. Un homme, un vrai. Hasta siempre, Salvador Aliénée.
Seule une légère brise fait bruisser les feuilles et quelques oiseaux se font entendre à intervalles réguliers. Comme si la nature avait compris qu'il allait se passer quelque chose d'important. Comme si elle retenait son souffle. Comme si elle préférait rester silencieuse avant le grand vacarme annoncé. Le calme avant la tempête. L'attaque est imminente. Un an que lui et ses compagnons d'armes s'entraînent pour ce moment.
Des mois à mettre au point leur stratégie. Il a été question un temps de copier le mode opératoire des terroristes basques d'ETA, qui avaient pris pour cible la voiture du chef du gouvernement de Franco treize ans plus tôt, en faisant exploser une bombe sur son passage. Grâce à un engin explosif composé de plus de quarante-cinq kilos de TNT placé dans un tunnel creusé sous la route, le véhicule s'éleva à plus de trente mètres du sol. Un fait d'armes qui coûta la vie à l'amiral Carrero Blanco, à son chauffeur et à un autre militaire. Trop risqué ici, le terrain est escarpé, difficile d'accès, et la route, en mauvais état. Une telle opération serait vouée à l'échec. C'est l'embuscade à l'arme lourde qui a été choisie. Au moins aussi dangereuse, mais plus efficace vu la configuration du lieu.