Naissance des Etats-Unis : ses principes fondateurs

Naissance des Etats-Unis : ses principes fondateurs

Quatrième de couverture

Le 4 juillet 1776, treize colonies britanniques formées sur le vaste territoire de l'Amérique du Nord proclament unilatéralement leur indépendance. L'ébauche de Constitution rédigée en 1781 est complétée six ans plus tard par un nouveau texte, auquel s'ajoute en 1791 la Déclaration des droits (Bill of Rights). Véritable socle de la démocratie américaine, la Constitution est depuis sa création l'outil de référence des politiciens, pour le meilleur et pour le pire.

Ce livre consacré à la naissance des États-Unis en éclaire les principes fondateurs, les caractéristiques comme le fédéralisme, mais aussi les contradictions intrinsèques.

Extrait de Naissance des Etats-Unis : ses principes fondateurs

Les États-Unis, si loin, si proches...

Par Bertrand Van Ruymbeke

Cette nation est un sujet d'étonnement pour les sujets de Louis XV et de Louis XVI : sauvage ou civilisée ? Ennemie ou alliée ? Il faudra attendre la guerre de l'Indépendance pour que les relations franco-américaines virent au beau fixe.

En 1781, l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon propose un concours sur le sujet suivant : «La découverte de l'Amérique a-t-elle été nuisible ou utile au genre humain ?» Vaste programme ! Le sujet reflète l'une des grandes préoccupations du temps, en Europe mais surtout en France, où se mêle la culpabilité anticolonialiste des Européens quant à la destruction des civilisations précolombiennes et de l'esclavage des Africains à un vif intérêt pour la révolution américaine et la naissance outre-Atlantique d'une jeune république.
Voici l'un des aspects de ce que les historiens ont appelé la «dispute du Nouveau Monde». Le sujet de l'Académie de Lyon a été proposé par l'abbé Raynal, alors auteur et compilateur - avec l'aide des plumes les plus éloquentes et les plus engagées du moment, dont celle de Diderot - de l'Histoire des deux Indes. L'ouvrage offre en plusieurs tomes une fresque tour à tour décrivant, glorifiant et condamnant l'expansion européenne aux Amériques, en Afrique comme en Orient depuis les premières explorations portugaises du XVe siècle. Sans surprise, les auteurs des mémoires soumis au concours de l'Académie de Lyon s'inspirent largement du «best-seller» de Raynal.

Une catastrophique découverte
Ce qui surprend, à l'inverse, est le nombre important de mémoires qui condamnent sans équivoque la colonisation. Ainsi Christophe Colomb est-il perçu très négativement. La «découverte» et la colonisation des Amériques sont décrites comme une catastrophe planétaire qui fait encore souffrir des milliers d'individus. Cette implacable condamnation se greffe sur une dénonciation désormais habituelle du colonialisme ibérique aux Amériques - une posture appelée la «légende noire» - et sur une forte hostilité contre les planteurs esclavagistes des Antilles, décrits comme des petits despotes de plantations.
Plus fondamentalement, au-delà de ce bilan de trois siècles de colonisation, ce débat est une réflexion sur l'Europe elle-même, au travers du comportement des Européens à l'égard de l'Autre, l'autochtone, qu'il soit amérindien, africain ou oriental. Notons toutefois que le concours lyonnais est reporté à trois reprises durant la décennie 1780 et que, si les mémoires affluent de toute la France, aucun essai ne sera couronné au final...
En 1763, à l'issue de la guerre de Sept Ans, la France a perdu toutes ses possessions sur le continent nord-américain et en Inde, ne gardant que ses îles antillaises et quelques comptoirs sur les côtes du sous-continent indien, grâce à l'habile talent de négociateur de Choiseul. Une cuisante défaite face à l'ennemi britannique et un grand déshonneur, points de départ en France de cette profonde réflexion sur la colonisation. Puis survient le choc de la révolution américaine.
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