30 histoires insolites qui ont fait la médecine

30 histoires insolites qui ont fait la médecine

Quatrième de couverture

De la médecine antique à la première transplantation cardiaque, le professeur Jean-Noël Fabiani raconte 30 histoires insolites qui ont fait l'histoire de la médecine et qui sont à l'origine de certaines des plus grandes découvertes médicales.

Les chirurgiens oublient souvent qu'ils doivent leur profession à un certain Félix, barbier de son état, qui, appelé en dernier recours par les médecins, est parvenu à guérir en 1686 la fistule anale du Roi-Soleil. À sa demande, le souverain institua la chirurgie comme un métier à part entière.
Qui ne sait aujourd'hui que se laver les mains est le moyen le plus simple d'éviter la contagion ? Pourtant, en 1850, Ignace Semmelweis a subi toutes les avanies du monde pour avoir supplié ses confrères de bien vouloir respecter cette règle d'hygiène évidente afin de sauver les jeunes femmes qui mouraient d'infections dans les suites de couches.
Sont également présentés dans cet ouvrage les acteurs d'une immense fresque : le baron Larrey qui ampute jusqu'à l'épuisement les blessés le soir de la bataille d'Eylau ; ou bien le vieil Hippocrate qui rédige, en pensant aux dernières paroles de Socrate, une profession de foi que tous les médecins répètent encore deux millénaires plus tard...
C'est à ce grand voyage à travers l'histoire de la médecine que nous convie ce livre.

Jean-Noël Fabiani est chirurgien cardio-vasculaire à l'hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. Il est professeur à l'université Paris-Descartes où il dirige l'enseignement de l'histoire de la médecine.

Extrait de 30 histoires insolites qui ont fait la médecine

Extrait de l'avant-propos

L'amphithéâtre Farabeuf de la «vieille» faculté de médecine était bondé comme un métro à l'heure de pointe. Au moins trois cents étudiants. Des «première année». L'atmosphère était assez torride. Dans le caquetage continu des conversations perçaient, irraisonnés, des cris de rapaces. Déjà les avions en papier partaient des gradins les plus élevés pour planer mollement jusqu'à la chaire du professeur...
Pour un enseignant, c'était l'épreuve ! Ces gamins, qui sortaient du bac comme d'un oeuf, étaient survoltés par l'ambiance «concours» de cette année de PI, où seul un faible pourcentage des «primants» avait une chance de passer en deuxième année de médecine. Ambiance redoutable où tous les coups étaient permis !
J'avais à faire le premier cours d'une nouvelle matière qui devait compter dans les notes du concours : l'histoire de la médecine. Le ministère avait fait tomber l'année précédente ce nouvel oukase sur les programmes : un enseignement d'intérêt général devrait être dispensé au milieu de la multitude de matières scientifiques dont on abreuvait les étudiants. L'idée en elle-même n'était pas mauvaise. Mais intéresser des étudiants débutants à une réflexion sur les grands mouvements de la médecine alors qu'ils n'en possédaient pas le b.a.-ba restait une gageure.
Le cours dont m'avait chargé le doyen étalait son titre ronflant : «Les conditions nécessaires au développement de la chirurgie moderne».
- C'est toi, le chirurgien du conseil de gestion. Il faut qu'on se partage la tâche... Je suis sûr que tu feras ça très bien, m'avait-il dit sur le ton affable de celui qui n'admettait pas la discussion.
Ce cours, qui m'avait demandé un certain travail de bibliographie, supposait en toute logique un sacré voyage dans le temps, en commençant par le combat des anatomistes, la découverte de la physiologie de la circulation, l'avènement de l'anesthésie et la découverte de l'infection, les groupes sanguins et la transfusion, en passant par la chirurgie militaire, l'intubation trachéale et autres circulations extracorporelles... Un vrai panoramique !
De plus, je savais mes diapositives un peu chargées, égrenant les dates importantes, les noms des grands hommes qu'on ne pouvait ignorer, les événements fondamentaux et leur enchaînement... Le portrait de quelques barbus du passé était censé égayer la présentation. Mais elle restait sans doute un peu trop revêche pour susciter l'intérêt ou au moins l'adhésion de l'assemblée qui me faisait face.
En entrant dans l'amphi Farabeuf pour faire ce cours au milieu du brouhaha, je le sentais mal, très mal...
J'étais pourtant ce que l'on appelle un vieux routier : douze ans de conférences d'internat, des foules d'exposés sur tous les sujets de chirurgie ou d'anatomie pendant mon clinicat, puis un enseignement de troisième cycle dans ma spécialité depuis que j'étais professeur. J'étais plutôt à l'aise habituellement.