Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l'économie

Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l'économie

Quatrième de couverture

«Il était animé d'une flamme dès qu'il parlait d'économie, car pour lui, parler de l'économie, c'était parler de l'homme, de la vie des gens, de ce dont les gens ont besoin», rappelle Gilles Raveaud, disciple, collègue et ami de Bernard Maris.

BERNARD MARIS était un économiste original. Original, car il redonnait sa juste place à l'humain au sein de ladite «science économique». Cela faisait sourire nombre de ses confrères qui le reléguaient au rang d'économiste médiatique, préférant s'appuyer sur les chiffres pour asséner leurs démonstrations.

Dans une prose simple et fluide, Gilles Raveaud synthétise l'oeuvre de Bernard Maris, et rend hommage à cette personnalité qui manque cruellement au paysage intellectuel français.
En parcourant l'oeuvre de Bernard Maris, on se rendra compte que l'économie n'est pas réservée à une élite et qu'il existe d'autres chemins que ceux présentés par les économistes mainstream, les politiques libéraux, les patrons du Medef & co.

À la façon, distanciée et ironique, de Bernard Maris d'appréhender l'économie, les dessinateurs Coco, Félix, Juin, Riss, Vuillemin et Willem apportent leur touche personnelle à l'ouvrage !

GILLES RAVEAUD enseigne la politique économique, l'euro, les services publics et les politiques sociales en Europe à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris VIII Saint-Denis. Il a effectué un post-doctorat à l'université de Harvard. À la demande de Bernard Maris, il est intervenu dans les émissions «L'autre économie» et «Y a pas que le CAC». Aujourd'hui, il collabore régulièrement aux émissions «On n'arrête pas l'éco» et «La librairie de l'éco», et au magazine Alternatives économiques. Ses derniers livres parus sont Je n'ai jamais rien compris à l'économie, mais ça je comprends et La Dispute des économistes.

Extrait de Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l'économie

INTRODUCTION
LES VIES DE BERNARD MARIS

«Ainsi donc, l'auteur de ces essais continue d'espérer et de croire que le jour n'est pas éloigné où le "problème économique" sera refoulé à la place qui lui revient : à 1'arrière-plan.»

John Maynard Keynes, Essays in persuasion

«C'est un peu pour cette raison que j'ai fait des études d'économie, pour aller "vers du moins pire", comme disait Vincent Auriol : "Le capitalisme est une énergie noire, jeune Maris. Il faut la dompter, la canaliser, la mater, si l'on veut aller vers du moins pire."»

Bernard Maris,
Plaidoyer (impossible) pour les socialistes

Né le 23 septembre 1946 à Toulouse, Bernard Maris est mort assassiné, en compagnie de onze autres personnes, à l'âge de 68 ans, le 7 janvier 2015, à Paris dans les locaux de Charlie Hebdo. Il était une personnalité attachante, généreuse, aux multiples centres d'intérêt. Comme il le dit lui-même dans son dernier ouvrage publié, il venait du peuple. Son grand-père paternel était maréchal-ferrant, sa grand-mère couturière à domicile, ses grands-parents maternels commerçants ambulants. Son père, instituteur puis directeur d'une usine et commerçant, était du Lauragais ; sa mère, femme au foyer avant d'aider son mari au magasin, venait de Marseille, mais était d'origine alsacienne. Le père de Bernard Maris, résistant et héros de la Seconde Guerre mondiale, a joué un grand rôle dans l'éducation politique de son fils, à qui il a transmis le virus du socialisme, en dépit des déceptions que cet attachement lui aura causées, lui qui se présentera sous les couleurs des Verts lorsqu'il s'essaiera à la politique, lors des élections législatives de 2002, dans la circonscription du 10e arrondissement de Paris.
Le père de Bernard Maris lui a peut-être également donné son goût pour la pédagogie : Bernard Maris était en effet avant tout un passeur, un transmetteur de connaissances qui rendait accessibles au plus grand nombre les notions les plus complexes. Il estimait ainsi que son principal apport, c'était d'avoir, par le biais de ses critiques, rendu l'économie accessible au plus grand nombre. Il disait qu'il «révérait les instituteurs», comme son père, parce qu'ils avaient gagné la Première Guerre mondiale et parce qu'ils avaient fait le Front populaire, puis parce qu'ils avaient résisté face aux nazis. Il sera d'ailleurs très sensible à l'histoire de la guerre d'Espagne, toute proche, puis au franquisme. Mais ses jeunes années seront d'ores et déjà marquées par deux de ses grandes passions, le journalisme et l'économie.

Journaliste ou économiste ?

Bernard Maris sera d'abord élève au grand lycée toulousain Pierre-de-Fermat, avant de devenir étudiant à Sciences Po Toulouse. Que faire après le bac ? Bernard Maris dit avoir été fortement tenté par le journalisme, étant impressionné par l'expérience de son père qui avait dirigé des journaux durant la Résistance. Il expliquera d'ailleurs que c'est ce qu'il ferait «si c'était à refaire». Mais l'économie lui semble être la seule science sociale capable de lui donner les clés de compréhension du monde, à commencer par les inégalités et la pauvreté dans les pays en développement, qui «le tracassaient énormément». Bernard Maris voulait également comprendre les raisons des échecs de la gauche, ceux de la République espagnole, du Front populaire, des gouvernements de gauche en général. Mais, avec le recul, il évoquera une raison plus générale : s'il a choisi l'économie, c'est parce que cette discipline donne tous les outils utiles pour décortiquer les phénomènes sociaux qui semblent complexes à analyser à première vue.
(...)