Tout un été sans Facebook

Tout un été sans Facebook

Romain Puértolas, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Un mur de 8 mètres sur 3 et la moitié de mon coeur...

Quatrième de couverture

«Enfin ! Enfin un mort, un mort à moi, un vrai, un homicide garanti sur blessure !» Telle est l'exclamation que ne peut retenir son illustre rondeur, le lieutenant Agatha Crispies, figure nodale de la police new-yorkaise (enfin, New York, Colorado, 150 habitants et 198 ronds-points, petite piqûre de rien sur la carte, bourgade certifiée sans Internet où ne «déborde que le lait»), animatrice d'un club de lecture et initiatrice de la méthode d'enquête dite associative (transposition à l'investigation policière de la libre association poétique des mots et des idées), face à la ratatouille humaine qu'elle a couru expertiser, hors de sa juridiction, en compagnie du shérif Donald (MAC Donald ! ! !), un brouet d'homme qui fut sans doute Peter Foster, tué à l'aiguille à tricoter au vif d'une dégustation de lentilles. Agatha se lance alors dans une enquête fiévreuse et non paramétrable durant laquelle on titille une voisine au nom imprononçable, observe un écureuil radioactif, croise un bûcheron au nom de sanitaires, a affaire à la mafia, rencontre le Shakespeare du pressing et Old Joe le garde-barrière, tout cela rythmé par l'ingestion frénétique d'une pyramide de donuts au chocolat. D'autant que les morts s'empilent : un second, foré d'un trou, apparaît, puis un troisième, se balançant à un lustre. Tout cela pour aboutir, après noeud de pistes, raisonnements à tirer dans les coins et crypto-intuitions, à une solution cristalline et évidente. Qu'on imagine Miss Marple s'invitant chez les Simpson, Twin Peaks rebalisé par les frères Coen, et on aura la chance de tirer le bon fil et de passer tout un été sans Facebook grâce à Romain Puértolas qui, après avoir randonné dans une armoire, volé vers le Maroc, et drivé Napoléon dans les rues de Paris, fond en piqué, pour notre plus grand bonheur, sur l'Amérique bien profonde ! Joie !

Quand Romain Puértolas était officier de police, il mangeait des donuts au chocolat pendant ses heures de service.
Tout un été sans Facebook est son quatrième roman, après L'Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel et Re-vive l'Empereur !

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Véronique Cassarin-Grand - L'Obs du 18 mai 2017

Extrait de Tout un été sans Facebook

De l'utilité d'un club de lecture dans un petit commissariat du fin fond de l'Amérique

Au fin fond d'une clairière au fin fond de l'Amérique, au bout d'une route sinueuse qui serpente pendant des kilomètres et des kilomètres le long des Rocheuses, se trouve, taillé dans ce qui fut un jour le tronc d'un sapin millénaire, un petit panneau signalétique rectangulaire de soixante centimètres sur quarante.
Caché derrière, par le jeu des angles et de la perspective, un village de cent cinquante âmes, invisible depuis le ciel et coupé du monde, retient son souffle. Situé dans un cul-de-sac, on ne s'y rend qu'à propos, ou, plus communément, lorsqu'on se perd. Le maire, réticent à tout type de tourisme sur ses terres, a fait construire cent quatre-vingt-dix-huit ronds-points afin de permettre aux malheureux qui s'y seraient engouffrés par erreur de faire demi-tour à tout moment. Mais lorsqu'on pense trop aux étrangers, on en oublie ses propres électeurs. Une étude locale récente a révélé que traverser le village d'un bout à l'autre aurait sur une personne de constitution normale l'effet d'un tournis équivalent à l'ingurgitation de deux bouteilles et demie de Champagne français et que la moitié de la population souffrirait de torticolis chronique.
On raconte que c'est en jouant au golf et en cherchant sa balle perdue que Remington Brown aurait découvert ce havre de paix, en 1863, après deux jours de marche dans le terrible désert de Gibson puis trois de pirogue sur la North River. Était-ce par ténacité ou avarice, nul ne le sait, mais tous les spécialistes sportifs s'accordent à dire qu'il avait un sacré swing.
Soucieux de s'épargner la route en sens inverse, il décida de s'installer à l'emplacement exact où il avait trouvé sa petite balle de caoutchouc naturel issu des feuilles de l'hévéa, à savoir dans la gueule d'un crocodile, avec la peau duquel il avait fini par se confectionner de belles bottes, toujours exposées au musée local. Si la légende ne dit pas ce que faisait ce brave Remington Brown en train de jouer au golf en pleine guerre de Sécession, plus de cinq siècles après que ce sport a été inventé aux Pays-Bas, mais vingt-trois ans avant qu'il ne soit introduit aux États-Unis, ni ce qu'avait perdu en plein Colorado ce gigantesque reptile, dont la taille variait en fonction du conteur, il est cependant avéré que l'aventurier donna à ce petit lopin de terre coincé entre un lac, une forêt et une montagne le nom de New York en hommage à sa ville natale. Il aurait été plus avenant, et surtout moins ambigu, de la baptiser New New York (la nouvelle New York, ou la nouvelle nouvelle York), afin de la différencier de celle que les colons anglais avaient déjà nommée de la sorte en hommage à leur York originale (celle du jambon). Mais pouvait-on attendre ne serait-ce qu'une once de logique venant d'un homme qui avait parcouru à pied des centaines de kilomètres à la recherche d'une petite balle de golf ?
Quoi qu'il en soit, depuis ce jour-là, il y eut deux New York.
L'une célèbre, et l'autre moins. Beaucoup moins. Excepté pour ceux d'ici. Les vieux prétendent à ce titre que la chanson homonyme immortalisée par Liza Minnelli et Frank Sinatra aurait été écrite pour cette New York-là, la leur, New York, Colorado.

Je vais tout reprendre de zéro,
dans le vieux New York,
Si je peux le faire là-bas,
je pourrai le faire n'importe où,
À toi de voir, New York, New Yoooooork ! ! ! !