Parages : la revue du Théâtre national de Strasbourg, n° 2

Parages : la revue du Théâtre national de Strasbourg, n° 2

Quatrième de couverture

PARAGES est une revue de réflexion et de création, fondée par Stanislas Nordey et conçue par Frédéric Vossier au Théâtre National de Strasbourg. Auteurs, textes, inédits, institutions, écoles, maisons d'édition : le théâtre de texte contemporain est une galaxie le plus souvent cachée qu'il est nécessaire de révéler, quelle que soit la façon de l'aborder et de l'écrire.

Extrait de Parages : la revue du Théâtre national de Strasbourg, n° 2

Éditorial

Responsabilités/ Variations

«L'écrivain est à l'écart. Il n'est ni journaliste, ni historien, pas même chroniqueur, puisque celui-ci tient un récit organisé selon le fil du temps. On se côtoie à travailler le même matériau mais à partir de moyens différents. Le moyen du dramaturge consiste à jouer beaucoup avec le hasard : le hasard des connexions, de ce qui vient, l'absence de plan, le risque que cela ne donne rien. Le dramaturge a un pacte avec l'irresponsabilité. Il ne faut pas qu'il se sente responsable, c'est la condition de sa liberté.» [Michel Vinaver, revue Ubu, n° 60-61, second semestre 2016.]

De quoi ne faut-il pas se sentir responsable ? Quel est ce pacte ? Se sentir libre équivaut-il à se sentir irresponsable ?

L'écriture dramatique n'est-elle pas en soi déjà une responsabilité, l'impulsion rageuse d'une responsabilité, l'expression d'un «besoin de se sentir essentiel par rapport au monde» comme l'affirmait Sartre, même lorsqu'on laisse le hasard prendre sa place dans l'écriture ? Jusqu'où doit-on laisser le hasard agir ? La possibilité du hasard n'est-elle pas d'abord ouverte par une nécessité ? Écrire, avec hasard et liberté, n'est-ce pas, malgré tout, une façon étrange et distante de répondre ? De répondre au monde, aux autres, au réel ? Répondre à. Mais également, répondre de. Autrement dit, une manière d'appartenir à la pluralité humaine. Une manière, encore une fois, étrange et distante... Étrangeté de la parole, distance de la solitude... Responsabilité de l'irresponsabilité, alors... ?

Oui, admettons, l'irresponsabilité serait peut-être dans la création toute personnelle de la forme à trouver. L'écrivain n'aurait pas de comptes à rendre sur la singularité de son oeuvre. Soit. Encore faut-il souligner qu'il est le plus souvent interpellé sur sa forme. Mais cette singularité, n'est-ce pas une réponse là aussi ? L'écrivain ne répond-il pas par la forme en l'inventant ? Il répond à quelque chose tout autant qu'il répond de lui-même en créant une forme.

Bon. Être à l'écart, c'est bien être dans les parages. La condition fondamentale d'un regard libre. Mais ne faut-il pas justement être dans les parages pour proposer la formulation d'une réponse ? C'est une crypte, une cachette, une zone d'ombre - mais écrire depuis les parages, c'est une manière d'en sortir, donc de répondre de soi, en quelque sorte.

Parages, revue de création et de réflexion, s'est construit comme espace d'appartenance où l'on peut regarder, penser et écrire en toute liberté, et croiser autrui, à tout hasard, sans volonté idéologique. Il y aurait là aussi comme un petit pacte d'irresponsabilité, dans le fait de laisser le hasard prendre a place dans la composition d'un ensemble. Être-ensemble, ce serait alors donner une chance à l'irruption imprévisible d'une rencontre, d'un partage, d'un échange. Parages est l'espace de cette responsabilité-là. Contre toute prédétermination, prescription, consigne, rubrique, tout thème, cadre. Laisser surgir la pluralité, le règne improbable et titubant, mais tenace et solidaire, du singulier pluriel. Espace inchoatif, qui se construit, au fil du temps, au fil des réponses qui s'énoncent et s'affrontent. Espace de singularités et de rôdeurs que le Théâtre National de Strasbourg, sous l'égide du locataire de la parole, Stanislas Nordey, accueille, le temps d'un numéro.

On retrouve Christophe Fiat, toujours aussi électrique et percutant, dans sa réponse ironique et critique aux images et à l'industrie culturelle. Mohamed El Khatib répond de lui en nous apprenant qu'il sait pleurer, contre toute attente.

Claudine Galea invite Jean-René Lemoine, et Joëlle Gayot David Léon. Ces quatre-là n'ont pas froid aux yeux : ils savent aller voir là où le sexe et le désir frémissent, et reviennent pour nous le dire...

Alexandra Badea et Anne Théron, par-delà sexe et désir, échangent sur l'amour et le politique, et visent le noeud caché qui peut les confondre, alors que Éric Noël et Christophe Pellet s'inventent une histoire sentimentale à distance, pour témoigner de l'esprit d'une époque.

Aussi, des auteures de la nouvelle génération : Pauline Peyrade, Céline Champinot invitée par David Lescot.

Bérénice Hamidi-Kim prolonge son geste d'étude sur les institutions théâtrales. Puis un focus sur L'Arche Éditeur, la maison de Rudolf Rach...

Pour terminer, une enquête menée par Lancelot Hamelin sur le terrain miné du Théâtre du Rond-Point.

Autant de manières de répondre... de se sentir responsable...

Voilà, c'est ça, Parages 02.

On pourrait dire «Mille parages».

FRÉDÉRIC VOSSIER