Homo detritus : critique de la société du déchet

Homo detritus : critique de la société du déchet

Quatrième de couverture

Stockés dans des décharges, éparpillés à la surface des océans ou dispersés en particules invisibles dans l'atmosphère, les déchets sont désormais des traces indélébiles de notre présence sur terre autant que des symptômes de la crise du monde contemporain.
Après les avoir enfouis et brûlés, il est devenu impératif de les réduire, de les réutiliser, de les recycler. À l'heure de l'économie circulaire, cette promesse d'un monde sans restes rappelle un mensonge de la tribu Chagga, évoqué par l'anthropologue Mary Douglas : les mâles adultes de cette tribu affirment ne jamais déféquer !
De même, ce livre montre que la quête de pureté et de maîtrise technicienne du déchet dans nos sociétés industrielles fabrique un aveuglement collectif. 11 raconte comment Homo détritus, face cachée d'Homo oeconomicus, a cru sauver la planète en «bien jetant».
Un livre fort sur les impasses des approches «gestionnaires» de notre société du déchet.

Baptiste Monsaingeon est chercheur postdoctoral à l'If ris. Membre du conseil scientifique de l'exposition Vies d'ordures au Mucem à Marseille, il a notamment participé à la première expédition dédiée à l'identification de concentrations de débris plastique en Atlantique Nord.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Juliette Cerf - Télérama du 21 juin 2017
Roger-Pol Droit - Le Monde du 4 mai 2017

Extrait de Homo detritus : critique de la société du déchet

Extrait de l'avant-propos

En octobre 2009, j'embarquai avec trois amis sur un voilier en bois de dix mètres de long, pour partir à la recherche d'un «nouveau continent de déchets». Cette expédition de neuf mois autour de l'Atlantique Nord allait me servir de terrain d'enquête idéal pour ma thèse ! J'espérais collecter, à l'occasion des escales, de la matière pour comprendre pourquoi et comment les déchets étaient devenus un tel problème planétaire ; j'espérais même trouver, ici et là, des solutions locales à ce grand désordre global.
Montant avec enthousiasme à bord de ce voilier, je n'étais ni marin, ni sociologue, ni militant, ni d'ailleurs spécialiste en quoi que ce soit. Naïf, en revanche, je l'étais certainement. Mettre les voiles ! Larguer les amarres ! Prendre le large ! Goûter un peu de cette liberté qu'il m'était promis de vivre loin du tumulte de la ville et de mon quotidien parisien. Loin de la civilisation, mais proche de la nature, en osmose avec les éléments, poussé par le vent, glissant sur les vagues... Ignorant tout de la navigation hauturière comme de la vie académique, jeune doctorant à peine sorti de l'oeuf, plein de bonnes intentions et de concepts prêts-à-penser, j'espérais faire de ce terrain à la voile un voyage vers Tailleurs, vers le tout autre.
Mais il a vite fallu que je me rende à l'évidence : Tailleurs n'a de cesse de fuir au-devant de l'endroit où Ton se trouve. Les quelques mètres carrés de mon nouveau foyer flottant m'ont d'abord permis de réaliser que ma quête de liberté serait toujours contrariée : le voilier est un espace carcéral tant il impose à ceux qui y vivent une existence sociale ininterrompue, sans reste. Sur un bateau, il n'y a pas d'extérieur pour ceux qui y vivent, pas de dehors, que du dedans. De même, cette «Nature», que j'espérais accueillante et enveloppante, m'a fait comprendre, rapidement elle aussi, qu'elle n'avait cure de mes fantasmes romantiques de jeune citadin. Les premiers jours de navigation n'ont été que tempête et hurlements : insultant les vagues, le ciel et le vent, j'ai bien compris que Gaïa se foutait pas mal que je sois mort ou vivant. Pire encore, même au plus loin des côtes, même lorsque les éléments étaient favorables, impossible de s'arracher de cette civilisation que je croyais laisser derrière moi. Ordinateurs, GPS, systèmes d'identification des autres navires, balises de détresse, toutes ces technologies embarquées ne cessent à bord d'émettre des alertes sonores et lumineuses qui tendent à rappeler à chaque instant aux navigateurs du XXIe siècle que leur survie dépend désormais de la bonne marche du monde moderne : des pelleteuses qui arrachent des entrailles de la terre ces matériaux, rares et précieux, aux satellites qui orbitent au-dessus de nos têtes.