Un bref moment d'héroïsme

Un bref moment d'héroïsme

Quatrième de couverture

À Marseille, des activistes d'un nouveau genre débarquent en plein meeting politique et se castagnent brusquement au milieu de la foule. Ces «foires à la baston» sont des happenings d'une brutalité rare, menés par Paolo et Lang, un ancien photographe de guerre au passé trouble. Deux hommes hantés par le souvenir d'une femme, Olivia.
Dans un climat de menace et de violence sociale à son comble, Lang accepte de protéger Awa et Arsène, une mère et son fils en cavale. Mais Awa est-elle vraiment celle qu'elle prétend être ? Alors que l'affrontement entre les amis d'hier semble inéluctable, Lang empêchera-t-il la performance ultime que prépare Paolo ? Seule Olivia pourrait l'aider à démêler les fils qui relient tous ces personnages les uns aux autres. Elle le fera d'une cruelle et mystérieuse manière... car Olivia est morte dans un attentat, un an auparavant.
Un roman noir électrique et déchaîné, sorte de Fight Club à la française, véritable coup de poing littéraire.

Cédric Fabre est journaliste indépendant. Il vit à Marseille, où il anime aussi des ateliers d'écriture. Passionné de culture rock, il est l'auteur de plusieurs romans, dont Marseille's Burning (La Manufacture des Livres, 2013). Il a coordonné le recueil remarqué de nouvelles Marseille Noir (Asphaltes éditions) en 2014.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Abel Mestre - Le Monde du 4 mai 2017

Extrait de Un bref moment d'héroïsme

Extrait du prologue

Les claquements des pétards s'étaient arrêtés net, les cris de joie des enfants et le bruit des éclaboussures venant de la piscine aussi, une nappe de silence épaisse avait tout recouvert et il lui semblait que ce silence s'était mis à couler dans ses veines et l'engourdissait soudain. Un des pétards avait dû lui pénétrer dans l'oreille, remonter comme un ver ou comme un spermatozoïde en remuant la queue jusqu'à une de ces cavités qui se trouvent au-dessus de la tempe pour y exploser puis la rendre sourde. Elle ouvrit les yeux, elle vit du sable, des tonnes de sable sur des tonnes de kilomètres, elle distingua des corps inertes sur les fauteuils de plage et, autour, des gens qui couraient dans tous les sens, jamais dans la même direction. Comme s'ils cherchaient tous à échapper les uns aux autres, mais ça ne ressemblait pas à un de leurs jeux ; elle lisait l'affolement sur leurs visages. Elle vit josé, qui était penché sur le corps de sa femme, Elsa, et il pleurait et il hurlait peut-être mais elle n'entendait pas le son. Elle avait pris un sacré coup de soleil, Elsa. Elle était contente de l'avoir rencontrée, le premier soir, elle était douce, et si pleine de joie et de bienveillance. Elles avaient bu des mojitos assises dans le sable toute la soirée, pendant que josé était resté au comptoir du bar pour voir le match de foot avec des copains. Elles s'étaient fait draguer par le maître nageur, il était soûl, il voulait absolument leur apprendre à nager à 11 heures du soir. Elle savait déjà nager, de toute façon, mais rien qu'à l'idée de se baigner, la mer lui avait paru lourde, compacte, elle pouvait l'engloutir.
Elle prit peu à peu conscience qu'elle était immobilisée elle aussi, allongée sur le flanc, la partie gauche du visage écrasée dans le sable chaud, ce qui n'était pas désagréable. elle fit un effort pour remuer et dégager une de ses jambes coincée sous l'autre, et elle sentit alors sa respiration s'accélérer, difficile, courte et serrée. Elle baissa les yeux et observa son souffle chasser des grains de ce sable si fin à la surface d'un minuscule espace devant sa bouche.
Elle se demanda pourquoi elle n'éprouvait ni inquiétude ni peur et si ce n'étaient pas les yeux d'une autre qui voyaient ce qu'elle voyait. Un jeune homme en maillot recouvrait d'une serviette de plage représentant un soleil rouge le visage et la poitrine nue d'une femme étendue sur le dos. Elle avait du mal à voir la scène avec précision parce qu'un pied de transat en plastique lui barrait la vue. Elle discerna encore une longue trace dans le sable, un corps qu'on avait déplacé, le sable qui buvait le sang. On avait arrêté de courir autour d'elle, les gestes des gens étaient maladroits, ils semblaient perdus à présent, elle trouva injuste que ceux, sveltes et costauds, qui portaient leur uniforme de policier, avec de gros godillots et une arme à la ceinture, partagent le même espace que ceux qui avaient des gros bides, qui étaient soudain si ridicules et vulnérables, en maillot avec leurs marques de coups de soleil. Cette pensée lui parut saugrenue et elle s'en amusa intérieurement, s'étonnant à nouveau de son absence de peur. Elle gardait pourtant ce souvenir diffus de l'avoir ressentie intensément quelques minutes auparavant.