Mont Athos et Valaam : pèlerinages d'un écrivain russe

Mont Athos et Valaam : pèlerinages d'un écrivain russe

Quatrième de couverture

Les deux récits présentés ici retracent les voyages que l'auteur fit sur le Mont Athos et à Valaam, en 1927 et 1935.
Ce livre est empreint de la touche mystique et poétique qui fait le charme et la marque de l'écriture de Boris Zaïtsev, tout en procédant à une réflexion abordable des grands thèmes de la spiritualité orthodoxe.
La dimension poétique laisse penser que ces deux joyaux littéraires, Le Mont Athos et Valaam, ne vieilliront pas, de même que ne faiblira jamais l'intérêt du projet littéraire lui-même : c'est un texte finement rédigé et sans prétentions théologiques, accessible à tout lecteur.

Boris Zaïtsev, né en 1881 à Orel (Russie) est mort à Paris en 1972. Voué à l'exil au lendemain de la révolution soviétique, il s'efforcera de transcender ce déracinement comme en témoignent notamment ses pèlerinages dans des hauts lieux de la tradition monastique russo-byzantine.
Déjà parus aux éditions des Syrtes : L'Étoile bleue (2000), Une maison à Passy (2014).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Elena Balzamo - Le Monde du 22 juin 2017

Extrait de Mont Athos et Valaam : pèlerinages d'un écrivain russe

Extrait de l'avant-propos

Le Mont Athos et Valaam sont consacrés à l'un des religieux les plus chers à Boris Zaïtsev : le monachisme, quintessence de la vie spirituelle dans l'orthodoxie.
Boris Zaïtsev, né en 1881 à Orel, reçoit une éducation profondément enracinée dans la tradition russe, sans être toutefois coupé de l'Occident. On sait que l'Italie, notamment, où il avait séjourné à plusieurs reprises, représentait pour lui une sorte de seconde patrie. Cette ouverture à la culture européenne se reflète dans son univers littéraire, où il convoque Dante, Proust..., comme on peut le voir dans les deux récits proposés ici au lecteur.

Contraint d'émigrer au lendemain de la révolution russe, Boris Zaïtsev doit affronter cette rupture avec ses racines, avec sa patrie. Il s'efforcera de transcender cet éloignement dans l'espace et dans le temps en épousant le mouvement, en se lançant lui-même de plein gré dans ces pèlerinages en quête de paix intérieure, à l'instar de l'auteur de la Divine Comédie.
Il se fait lui-même pèlerin devant l'Éternel. Sa propre démarche d'exilé trouve tout naturellement un écho dans l'errance de ces moines «chercheurs de Dieu» qu'il croise en chemin, sur la Sainte Montagne ou dans l'archipel de Valaam sur le Ladoga.
Ces deux récits nous présentent les prototypes les plus accomplis du monachisme russo-byzantin : on voit défiler une multitude de moines cénobitiques ou itinérants, ermites et ascètes, gravissant tous les degrés de la montée vers Dieu que décrit saint Jean Climaque dans l'Échelle sainte. Toutefois Zaïtsev ne cache pas sa prédilection pour les humbles moines russes, assoiffés d'une foi authentique, qui mènent une existence misérable.
C'est en 1927 que Zaïtsev se rend au Mont Athos : il parcourt tout l'archipel grec, mais son point d'ancrage sera le monastère russe de Saint-Panteleïmon. Il découvre aussi le Vieux Russikon, petit monastère fondé sur l'Athos au XIIe siècle par des moines paysans venus de Russie : «Là est le berceau même du monachisme russe, dans ce coin perdu, dans cette pauvreté et cette humilité. Loin des grandes dynasties byzantines», écrit l'auteur.
Presque une décennie plus tard, il effectue un autre pèlerinage, à Valaam (second volet de ce diptyque présenté ici) à l'époque où, après la révolution russe, le territoire est occupé par la Finlande : et ce sont toujours les traces de sa patrie perdue que recherche Boris Zaïtsev. L'auteur, cette fois-ci accompagné de sa femme, conclut son récit sur une note particulièrement nostalgique en cet instant où ils font leurs adieux à la Russie qu'ils entraperçoivent depuis un rivage étranger.

Le voyage dans l'espace est aussi voyage dans le temps dans lequel le souvenir reste maître : l'écrivain est à la «recherche du temps perdu» comme il le dit lui-même. En se remémorant le passé, les personnages font ressurgir dans le présent leurs prédécesseurs qui ont vécu dans ces grottes séculaires ou au plus profond des forêts et qui sont vénérés aujourd'hui pour leurs exploits ascétiques. Ces figures des temps anciens sont comme des familiers qui nous accompagnent toujours.
Avec l'auteur, nous vivons ce «temps hors du temps» qui semble s'apparenter à l'éternité. Et les héros de ses récits incarnent, chacun à leur humble place, une sorte de chaîne ininterrompue de la sainteté. Boris Zaïtsev réussit à nous rendre palpable une réalité qui est déjà transfigurée dans les êtres et la nature : une forme d'éternité, ici et maintenant. Dans ce sens le poète est thaumaturge.