Coyote

Coyote

Quatrième de couverture

UN CONTE NOIR ET CRUEL, MADE IN AMERICA.
Quelque part au coeur de l'Amérique, dans une bicoque isolée, des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l'enquête des policiers, puis le silence, l'oubli. Mais la mère dit-elle toute la vérité ?
Maniant la plume comme un Poe des temps modernes. Colin Winnette nous laisse entrevoir les divagations d'un esprit détraqué, d'autant plus angoissantes que cette mère est aveugle à sa propre folie. Coyote est un conte sur la noirceur et la folie des hommes, un roman profondément marquant, difficile à lâcher et encore plus à oublier.

«Un livre arraché aux tripes de l'auteur, une puissante étude sur la douleur, la folie et la sérénité. Coyote est un véritable petit miracle.»
COUNTERPUNCH

Colin Winnette est né à Denton, au Texas. Il a reçu de nombreux prix aux États-Unis pour ses romans et nouvelles. Il écrit aussi régulièrement pour le Betiever et Electric Literature. Là où naissent les ombres, son premier roman traduit en français, a été publié chez Denoël en 2016 et en poche chez J'ai lu en 2017. Il vit à San Francisco.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Eric Chevillard - Le Monde du 8 juin 2017

Extrait de Coyote

La veille du jour où elle a disparu, on avait passé presque toute la soirée sur la galerie. A faire cuire des hot-dogs, des pommes de terre, ce genre de choses. Son père faisait griller les petits pains jusqu'à ce que les bords soient tout caramélisés. On buvait des bières en la regardant gratter la tête des clous qui dépassaient des planches bleues fendillées. Il a joué deux trois trucs à la guitare, des airs que j'ai jamais entendu personne d'autre jouer.
J'aimais pas boire devant elle. J'ai jamais été à l'aise avec ça, pas vraiment. Mais ce soir-là je me suis laissée aller, j'ai picolé, elle m'a pas semblé traumatisée, et même son père avait l'air un peu content. Enfin, c'est comme ça que je m'en souviens.
La nuit est tombée mais on est pas rentrés tout de suite. Les insectes s'agglutinaient autour des lampes. Ils se prenaient dans ses cheveux longs. Peut-être qu'elle s'est fait piquer, en tout cas quelque chose l'a poussée à venir sur mes genoux. Les coyotes rôdaient tout le temps à l'époque, mais je me rappelle plus s'il y en avait ce soir-là. On les entendait tourner autour de la maison et hurler comme des fous, des gémissements suraigus de femmes hystériques perdues dans les bois.
Une fois, il y en a un qui est carrément monté sur la galerie. Le père de ma fille l'a eu à coups de pelle pendant que je regardais de la cuisine. Il lui a brisé le crâne et puis il a continué encore un peu pour être sûr. Il voulait qu'on le mange. Il l'a enroulé dans un tee-shirt sorti du sac de vêtements à donner et il l'a ramené à l'intérieur, mais c'était hors de question qu'elle ou moi on y touche. Alors il l'a enterré dans le jardin avec le chien, les deux chats et le hamster qui y étaient déjà. Les routes du coin sont pas très passantes, mais quand même. Elles sont souvent jonchées de bestioles mortes ou agonisantes. Les fugues se finissent là. Enfin, c'est l'impression que ça donne. Et systématiquement le père de ma fille nous rapporte le fugitif enroulé dans une bâche.

J'ai toujours répété la même chose - à la police, aux journalistes, aux préparateurs d'interview, aux interviewers, aux célébrités invitées en même temps que nous, à qui vous voudrez. Je répète la même chose à chaque fois : on l'a mise au lit et, quand on s'est réveillés, elle était plus là.

La première fois que je me suis dit que la maternité m'avait détraquée, je la regardais qui jouait dans le jardin. C'était du temps de Spot, notre premier chien. Tout noir avec une tache blanche sur la poitrine. Tache : Spot. On est pas très imaginatifs, nous autres. Elle lançait des bâtons et Spot leur courait après. Je suis rentrée remplir mon verre mais j'étais pas dedans depuis une seconde que j'ai entendu Spot aboyer et voilà qu'il est apparu sur la galerie de derrière. Je savais pas d'où venait le sang mais il dégoulinait sous les longs poils noirs pour finir sur le losange blanc de la poitrine, devenu rouge comme une voiture neuve.
Avant de faire entrer le chien, j'ai balayé le jardin du regard et, comme je la voyais pas, je suis partie à sa recherche. Spot est resté sur la galerie, à pousser des petits gémissements; il avait besoin qu'on s'occupe de lui, sûrement, mais j'étais un peu inquiète, je me demandais où elle était passée. Il y a tellement de scénarios qui vous traversent l'esprit.
(...)