Une lecture maçonnique du Portrait de Dorian Gray

Une lecture maçonnique du Portrait de Dorian Gray

Quatrième de couverture

Adulé dès sa parution autant que décrié, Le Portrait de Dorian Gray, inspire depuis plus d'un siècle commentateurs, artistes, cinéastes et dramaturges. Un trésor inestimable réside en ce texte ; tout lecteur l'éprouve. Chacun se voit ainsi contraint de s'interroger : «Qui donc est Dorian ?». Or Oscar Wilde ne fournit aucune réponse. Pour la déceler, chacun doit plonger au coeur de sa caverne intérieure. Mais cette pépite cachée, de quel filon provient-elle ? Ce roman, en effet, n'est pas seulement une réflexion sur l'Art, ou l'homosexualité ; c'est essentiellement le fruit d'une méditation sur l'âme, le mot revenant un nombre considérable de fois. Le texte, à l'évidence pour tous, fourmille d'emprunts à la culture grecque, à la culture latine, à la culture celte ; d'emprunts à des mythes majeurs, Narcisse et Faust. Ce constat n'échappe à aucun connaisseur de l'oeuvre. Ce qui jusqu'à présent - et pour cause - a peu été excipé, c'est l'emprunt magistral fait à la légende maçonnique majeure. Très clairement, pour qui le connaît dans sa complétude, le Mythe d'Hiram s'avère la véritable clef de voûte au regard de laquelle l'oeuvre dévoile toute la plénitude de sa pertinence. Beaucoup disent encore d'Oscar Wilde qu'il ne répugnait pas au plagiat. Peut-être, mais là, avec Le Portrait de Dorian Gray, il fut inspiré et le Génie avec éclat parla en lui ! À nous donc, ses frères, d'intégrer son oeuvre phare à notre patrimoine à l'instar de La Flûte enchantée de Mozart ou du Serpent Vert de Goethe. À nous surtout, maçons, de la lire maintenant et à jamais en initiés.

Mathieu Métayer, médecin, écrivain, ancien chargé de cours à la faculté de médecine et à L'École centrale de Paris, auteur de plusieurs livres et articles, est membre de la GLNF depuis plus de vingt ans.

Extrait de Une lecture maçonnique du Portrait de Dorian Gray

Chapitre 1

Oscar Wilde

L'homme

Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, plus connu sous le nom d'Oscar Wilde, naquit le 16 octobre 1854 à Dublin. Il n'était donc pas anglais mais irlandais. Il mourut le 30 novembre 1900 à Paris. Son tombeau se trouve au cimetière du Père-Lachaise. Il était le fils d'un chirurgien réputé, Sir William Wilde et d'une poétesse, Jane Francesca Elgee, laquelle prétendait posséder des origines italiennes, voire appartenir à la famille de Dante. Oscar Wilde partagea son éducation entre le Trinity Collège de Dublin et le Magdalen Collège d'Oxford où, entre autres, il eut comme professeurs John Ruskin pour qui l'art doit refléter la volonté divine à l'oeuvre dans la nature et Walter Pater, deux maîtres qui le marquèrent fortement. Auparavant, au Trinity Collège, il eut aussi comme condisciple celui qui, devenu magistrat, fut son accusateur lors de son procès : le futur juge Carlson. Wilde eut trois demi-frères et soeurs, Henry, Emily, Mary, enfants plus ou moins légitimes de son père. Les deux filles, soeurs jumelles, périrent très jeunes dans un incendie ; ce qui bouleversa Wilde. Il eut aussi un frère, William, avec lequel il ne s'entendait guère ; ce qui a dû inspirer cette phrase mise dans la bouche de Lord Henry : «Oh ! Les frères ne m'intéressent pas. Mon frère aîné ne veut pas mourir et mes cadets ne semblent faire que ça.» Il eut surtout Isola, cette petite soeur dont il ne se remit pas de la mort prématurée, laquelle lui inspira un de ses plus beaux poèmes, «Requiescat», écrit en Avignon. Oscar Wilde parlait couramment le français. Il rencontra, pour ne citer qu'eux, Verlaine et Mallarmé. Il écrivit du reste sa pièce Salomé directement dans notre langue. Les cheveux bruns et les yeux gris, il était très grand. Il se maria avec Constance Lloyd et eut deux fils, Cyril et Vyvyan, qui, suite au procès de leur père et de sa déchéance de paternité, durent prendre un autre patronyme. Ainsi, Vyvyan Holland qui consacra sa vie à l'oeuvre de l'auteur du Portrait de Dorian Gray, n'était autre que le fils d'Oscar Wilde. De même, Merlin Holland, rédacteur d'une biographie consacrée à l'écrivain, était le petit-fils d'Oscar Wilde. Oscar Wilde reste l'un des plus importants dramaturges de l'ère victorienne avec, à son actif, la création de neuf pièces de théâtre.

L'écrivain et son oeuvre

S'il connut une franche notoriété grâce à son théâtre, Oscar Wilde eut au début de sa carrière un grand succès avec ses poèmes qui, cependant, ne sont pas considérés comme fort mémorables. D'aucuns affirment en effet que la majeure partie de cette poésie manque à la fois d'originalité et de sincérité. Robert Merle est, sur le sujet, plus nuancé. Pour notre part, nous ne pensons pas qu'un tel jugement puisse s'appliquer à la Ballade de la geôle de Reading. Certes, jusqu'à la fin des années 1880, la production littéraire de Wilde peut paraître mineure. En outre, il donna épisodiquement des conférences et édita une publication intitulée The Woman's World ; cela ne s'invente pas. Rédacteur en chef dudit magazine de 1887 à 1889, il y montra un talent de pamphlétaire et un art du paradoxe. Il s'employa également à défendre la cause féministe. La parution du Prince heureux, écrit pour ses enfants, marqua le début de sa période d'écriture la plus prolifique.
Il devint très vite l'un des théoriciens de «l'art pour l'art», et le chef de file de l'Aesthetic Movement, un mouvement d'ailleurs qu'il ne créa pas mais seulement rejoignit. Il fut ainsi invité, au prix d'un long périple à travers les États-Unis, à prodiguer un cycle de conférences outre-Atlantique sur l'esthétisme. Pour lui, «la véritable école de l'art n'est pas la vie, mais l'art». Certains se montrent réservés quant à la teneur du talent littéraire d'Oscar Wilde. Pourtant, poésie, essais, théâtre, contes et histoires fantastiques... son oeuvre s'avère assez éclectique. Arrêtons-nous sur ses productions.

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