Syphilis

Syphilis

Quatrième de couverture

Abusée par son patron, Larissa pense avoir contracté une maladie. La syphilis ? Paniquée, elle se rend à l'hôpital où sévit le docteur Borzov. Un vrai cauchemar ! Après cette visite, son état empire, elle revient à l'hôpital où on lui conseille une guérisseuse... Lida, elle, rencontre un homme qui lui laisse son oreille dans la main. Elle cherche à s'en débarrasser mais, curieusement, elle s'y attache jusqu'à ce que l'inconnu en colère vienne la récupérer...
Splendeur de l'écriture, audace narrative constante, richesse de l'invention métaphorique, justesse assassine des notations dressent ici en huit tableautins un saisissant panorama de la Russie contemporaine.

L'auteur
Mikhaïl Elizarov, né en 1973 dans la région de Kharkov, en Ukraine, réside cinq ans en Allemagne pour des études de cinéma. Aujourd'hui, il vit à Moscou en tant que chanteur-compositeur-interprète et écrivain. Il a obtenu le Russian Booker Prize pour Le Bibliothécaire (Calmann-Lévy, 2010). Son premier roman, Les Ongles, très remarqué à sa sortie, a paru en France chez Serge Safran éditeur en 2014.

Le traducteur
Stéphane A. Dudoignon a entrepris, parallèlement à ses recherches sur l'islam moderne et contemporain dans l'ancien domaine soviétique et au Moyen-Orient, la traduction des littératures modernes et contemporaines russes, centrasiatiques, caucasiennes et moyen-orientales : Boukhara Mirza Siradj al-Din Hakim, Tchulpan, Barzou Abdourazzoqov (Huit monologues de femmes, traduit du russe, Zulma, 2007), Hafez Khiyavi (Une cerise pour couper le jeûne, traduit du persan, Serge Safran éditeur, 2012). Evgueni Grichkovets (Le Taquet, traduit du russe, Bleu autour, 2013).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Elena Balzamo - Le Monde du 8 juin 2017

Extrait de Syphilis

De moeurs égales et d'excellente composition, Larissa Vassilievna, attachée de direction de son état, comptait pouvoir jouir d'une longue existence. Pour ce faire elle fuyait tout ce qui était court : ne portait que robes et jupes au-dessous du genou, laissait pousser cheveux et ongles, marchait en ne faisant que de grands pas, lisait des épopées en nombreux tomes et adjoignait de suffixes affectueux les mots trop brefs de sa conversation.
Un jour, ayant mangé un bortch de carême, Larissa Vassilievna se mit à exsuder le haricot. Elle prit une douche mais attrapa mal à la gorge. Dans la glace, elle vit ses amygdales couvertes de croûtes marron, sa cavité buccale tout enflammée, le creux de ses gencives parsemé d'aphtes semblables à de minuscules bouts de faisselle.
Larissa Vassilievna versa dans un grand verre un peu de bicarbonate et se disposait à y ajouter de l'eau chaude quand le téléphone vint la distraire de sa mixture. «Tu reçois Radio Maïak ?, lui demanda une copine. Allume tout de suite !»
Larissa Vassilievna fît tourner le bouton des fréquences. De la membrane sortit une foule d'humides crépitations et un vaillant speaker de déclarer : «... doivent se souvenir ! Quelles que fussent les circonstances - malheur, joie, accident- vous ne devez pas prendre en bouche. Et rien ne doit vous contraindre à renoncer à votre résolution. Nous avons ces discussions pour vous débarrasser à jamais de cette funeste habitude. De votre volonté dépend le bonheur chez vous et au travail. Vous voilà d'excellente humeur, pour rien au monde vous ne prendriez en bouche ! Écoutez et faites ce que l'on vous dit : prenez un morceau de journal, faites-en une trompette, portez-le à vos lèvres : Vous avez la nausée ? Vous êtes en bonne santé !»
«Tu as entendu ?, lui demanda la copine en rappelant. Quelle monstrueuse vulgarité !
- Ils seraient prêts à se fourrer dans nos plumards», répondit dans un demi-sourire Larissa Vassilievna.

*

Deux semaines plus tôt, le chef Mnoukhine l'avait fait venir dans son bureau. «Mettez-vous là, Larissa Vassilievna (il lui caressa d'un doigt la pommette avec une légère chiquenaude), il faut qu'on cause... Ce n'est pas un secret, Larissa Vassilievna, que ma vie de couple n'est pas une réussite. Je vais être sincère. Ma femme, je l'ai choisie sur la base de paramètres physiques, dans le but principal qu'on ne me l'envie pas.»
Mnoukhine, un boulot court sur pattes à la trogne huileuse, eut un ricanement nerveux et Larissa Vassilievna se tassa sur son siège, pressentant le pire. «Pendant son accouchement elle a eu un déchirement du périnée, depuis elle souffre d'incontinence... C'est au-dessus de mes forces, je ne peux pas l'abandonner mais coucher avec elle non plus je ne peux pas, alors...»
Larissa Vassilievna fixait d'un air stupide les motifs du linoléum.
«Je vous mets à la porte !»
Les lèvres de Mnoukhine se mirent à trembloter. «Vous méprisez en moi l'homme !
(...)