Les livres de l'homme : oeuvre complète Volume 4, Album : les visages de l'homme

Les livres de l'homme : oeuvre complète Volume 4, Album : les visages de l'homme

Quatrième de couverture

Les ditions Caractères publient le dernier volume de l'oeuvre complète de Bruno Durocher : Les visages de l'homme, album chronologique très richement illustré qui retrace sa vie et sa carrière littéraire.
Comment retracer la vie de Bruno Durocher, son douloureux périple, son existence ensorcelée de mauvais rêves, franchie au gué des révoltes, des insensés espoirs ? Comment rendre compte aussi de ses élans, de ses désirs, de ses bonheurs ? Les visages de l'homme rassemble des photos, des lettres, des documents officiels, fragiles témoins de papier d'un passé haché. Il y a les livres, les mots, les poèmes de Bruno Durocher écrivain. Il y a aussi tout son travail d'éditeur. L'album est riche de près de 600 illustrations et d'un index de dix pages où l'on retrouve les noms des plus grands : Lorca, Queneau, Jouve, Cocteau, Tzara, Pessoa, Delaunay, Picasso, Braque, Arp, Picabia, Villon etc... Explorons ses souvenirs, ses sentiments, l'infinie variété de ses doutes, ses certitudes fugaces. Dans une traversée de tout le XXe siècle.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Raphaëlle Leyris - Le Monde du 13 juillet 2017

Extrait de Les livres de l'homme : oeuvre complète Volume 4, Album : les visages de l'homme

Dédicace

Les chemins de l'homme

Remettre mon pas dans ton pas, traverser les turbulences de ta vie, ta vie bouleversée, brisée par la barbarie nazie ; tes tâtonnements pour réapprendre à vivre, à croire, à aimer... fut pour moi un cheminement des plus douloureux.
Comment entrer dans le parcours d'une existence, ses plis, ses brisures, s'y insérer par empathie, les assumer comme anima, recevoir les blessures de l'âme comme les séquelles du corps... chemin qu'un jour de printemps à taris a rendu commun.

Mai 68 amorçait son brouhaha et j'étais engagée dans les débats d'amphi et l'espoir d'un futur à douceur humaine. Ce jour là, la jeune poète que j'étais se rendait à une réunion littéraire. Le petit salon de Marguerite Grépon se tenait au faite d'un escalier en colimaçon d'un de ces immeubles haussmanniens du boulevard des italiens. Marguerite, une amie de Malraux, accueillait tous les jeudis artistes et écrivains. Le sculpteur René Coutelle m'avait suggéré de la rencontrer.
Elle défendait hautement la littérature féminine et avait publié mes notes d'exposition dans son journal Ariane. Ce jour là, marguerite insista fortement pour que je ne m'éclipse pas trop vite, car, disait elle, elle avait prié avec insistance Bruno Durocher de venir. Elle voulait lui présenter un poète étranger de passage. Bruno Durocher, Bernard Noël m'en avait parlé quelques jours auparavant, lorsque, le rencontrant avec un jeune poète belge, désireux de m'associer à la création de sa revue, il nous avait chaudement recommandé d'aller à la rencontre du poète Bruno Durocher : «il aide toujours les jeunes poètes», nous avait-il déclaré. Tandis que le rédacteur de Cheval d'attaque l'avait visité, avec un retour enthousiaste, moi, je ne m'étais pas encore trouvée en sa présence.

Dès que tu pénétras dans ce petit univers bruyant, un silence se fit pour t'accueillir. Ta présence réservée et dense, ton regard aiguisé et profond, suscita immédiatement en moi cette réflexion : «cet homme paraît avoir traversé des siècles...». Tu entrais dans la jeune maturité mais ton expérience te donnait une intensité de vie d'homme, rare, exceptionnelle. Engagé dans les combats politiques, rescapé des camps de la mort... Jeune poète polonais, rebelle, barbare et idéaliste, surnommé le «Rimbaud polonais», poète français reconnu parles plus grands : Éluard, Cendrars, Char... Éditeur d'une revue accueillant des noms prestigieux, d'une maison d'édition... Non, ce ne fut pas cela qui m'impressionna. Ce fut cette voix profonde, musique d'un être venu d'ailleurs, de hautes altitudes. Nous nous reconnûmes : emboîtements, coïncidences dont la suite de l'histoire nous donna les pièces, les éléments du «hasard objectif» dont parlaient les surréalistes.
Je t'avais rencontré une année auparavant, lorsque visitant le musée national de Varsovie, j'étais tombée en arrêt devant le buste exposé du «Jeune poète», ton buste. Se produisit sur moi le choc d'une redécouverte, réminiscence profonde, intérieure, accompagnée d'une aura de romantisme dont je devais toujours garder le souvenir.
(...)