Les extraits de livres

Aurora consurgens : le lever de l'aurore
de Marie-Louise von Franz

Extrait de la préface d'Etienne Perrot de la traduction française Sapientia laudabit animant suam. (La Sagesse se loue elle-même.) Eccli., 24, 1. L'ouvrage de Marie-Louise von Franz que la Fontaine de Pierre a l'honneur d'offrir au public francophone occupe une place exceptionnelle dans le mouvement de l'esprit contemporain. Pour s'en convaincre, il n'est que de se reporter à son histoire. Celle du traité qui lui sert de hase étant étudiée en détail par l'auteur, nous nous bornerons à rappeler la manière dont Aurora consurgens est venue compléter l'oeuvre de Jung et à mettre en relief la signification de cette aventure. Le lecteur pourra y reconnaître un exemple remarquable de ces coïncidences signifiantes ou synchronicités, où le père de la psychologie des profondeurs voit la preuve scientifique de l'unité du monde et d'une harmonie secrète procurant à qui l'observe la participation au «savoir absolu». La rencontre du psychologue de Zurich avec l'Aurore attribuée à Thomas d'Aquin remonte aux tout premiers temps de sa confrontation avec l'alchimie. On sait que, vers 1930, Jung, obéissant à la pression intérieure, décida d'entamer l'exploration des anciens grimoires. Sa première trouvaille, un recueil publié à Bâle en 1593 sous le titre Artis auriferae quam Chemiam vocant volumina duo, le plaça devant une curieuse notice insérée par l'éditeur, Conrad Waldkirch, en tête d'un traité intitulé Aurora consurgens, pars secunda. Cet excellent fils de la Réforme exposait à ses lecteurs les raisons pour lesquelles il n'avait pas retenu la première partie de l'ouvrage. C'était, disait-il, qu'elle se composait de paraboles et d'allégories dont l'auteur «à la manière ancienne des obscurantistes» (more antiquo tenebrionum) avait utilisé les livres sacrés «de telle sorte que l'Écriture tout entière semblait avoir été écrite en l'honneur de l'alchimie». Il avait «faussé le sens du très saint mystère de l'incarnation et de la mort du Christ pour l'appliquer de la façon la plus profane au mystère de la Pierre».Jung ne pouvait manquer d'apprécier la qualité d'un pareil filon : parti pour inventorier l'héritage spirituel occidental dans toute son ampleur et son unité, il comprenait l'importance capitale d'un écrit où le fonds symbolique chrétien avait été exploité avec audace pour exprimer le secret alchimique, l'essence «divine» de la psyché. Les recherches conduites par lui pour retrouver le traité «condamné» n'allaient pas tarder à aboutir, lui procurant une nouvelle surprise. Un manuscrit, incomplet sans doute, mais orné de belles enluminures, en était détenu par la bibliothèque centrale de Zurich. Il provenait du fonds de l'abbaye de Rheinau, fille de celle de Saint-Gall dont une ancienne terre sert de site à la «tour» de Bollingen. La place d'Aurora consurgens I dans les préoccupations de Jung se reflète très tôt dans sa correspondance. Écrivant à Aniela Jaffé le 3 septembre 1943, il conclut en ces termes une méditation sur l'union des principes psychiques masculin et féminin : «Je me confronte avec ce problème de la conjonction que je dois maintenant élaborer comme introduction à Aurora consurgens. C'est incroyablement difficile.» Cette confidence éclaire la genèse de Mysterium conjunctionis. Si, dans la préface de son livre, Jung lui donne une origine «païenne», la Fête égéenne du second Faust remise sous ses yeux par Karl Kerényi, il a très vite su que son «chef-d'oeuvre alchimique» devait culminer dans l'extraordinaire chant d'amour, oeuvre d'un moine, intitulé «Conversation du bien-aimé et de la bien-aimée», qui sert d'épilogue au traité mis sous le nom de l'auteur de la Somme théologique. Nous sommes encore à plus de dix ans de la publication de l'ouvrage, mais cette petite phrase de Jung nous livre le ressort caché de sa quête alchimique, tout entière dirigée vers la réalisation de l'unité, oeuvre de l'amour, ce «feu secret» des anciens artistes. L'intuition du chercheur trouvera sa récompense moins d'un an plus tard, de façon fulgurante : ce sera la série de grandes expériences visionnaires qui, au printemps de 1944, suivit l'infarctus de Jung. Au retour de son «voyage dans l'au-delà», il allait vivre les différentes formes du mariage mystique telles que les décrit la tradition occidentale : successivement, le mariage du rabbin Siméon bar Jochaï, symbole de celui des séphirot Malkouth et Tipheret, dont parle la Kabbale, les noces apocalyptiques de l'Agneau et de la Jérusalem céleste, et enfin la hiérogamie de Zeus et d'Héra : «J'étais le mariage, écrit-il à propos de la première de ces phases, et ma béatitude était celle d'un mariage bienheureux.» Et plus loin : «C'étaient des états de félicité indescriptibles... J'étais moi-même "les noces de l'Agneau".» La composition du Mysterium était déjà bien avancée. C'est alors que Jung témoigna à Marie-Louise von Franz que ces visions lui apportaient la confirmation de ce qu'il avait exposé dans son livre. Ces données biographiques mettent en lumière la signification de notre ouvrage et de la place que lui confère Jung. Au terme d'une oeuvre où, selon ses propres déclarations, il n'avait cessé d'enfouir l'expérience sous un amas de matériaux historiques et de références érudites, il donne libre cours à l'expression directe du symbole, en empruntant pour cela la voix d'un vieil auteur qui, comme lui, avait été partagé entre la formulation conceptuelle et le jaillissement lyrique traduisant la poussée de l'inconscient. En effet, que l'Aurore soit ou non l'oeuvre de Thomas d'Aquin - on verra qu'une telle attribution ne peut être écartée à la légère -, elle émane dans tous les cas d'un clerc dont les paradoxes ignorent superbement les prudences intellectuelles et doctrinales, comme devait le déplorer l'éditeur de l'Artis auriferae.

La nostalgie de Dieu : l'intégrääl
de Marc Dubuisson

Préface "J'ai vu le titre de la pièce de théâtre sur une affiche dans la rue, j'ai voulu en savoir un peu plus. Vos BD en est la source. Une fois de plus c'est diffamatoire, blasphématoire et on se moque de choses qu'on ne connaît ou ne comprend pas. Vous vous sentez fier, intelligent vous ne valez pas mieux que les critiques malsaines, irrévérencieuses, impertinentes, grinçantes dont vous faites l'éloge et sur le dos de Dieu que vous salissez, vous essayez de vous faire de l'argent. Vous avez bien raison de cacher votre visage derrière un dessin sur votre page Face-book, j'aurais honte à votre place. Avez-vous lu la Bible avant de la tourner en dérision ? Vous n'échapperez pas, vous verrez. Que vous le vouliez ou non, vous aurez à répondre de vos calomnies. Je vous suggère fortement d'abandonner votre orgueil, "l'orgueil précède la chute". Dieu est lent et patient, ça fait 2000 ans qu'il vous et nous supporte mais il y aura une fin et elle est proche. Riez mais votre rire ne sera pas éternel. Car un jour c'est vous qui l'aurez pour de bon la nostalgie de Dieu. (...) Toute vérité est bonne à dire mais pas le mensonge car Dieu n'est pas menteur. Il ne s'agit pas de religion, ni de prosélytisme mais de respect et de conviction. A bon entendeur..." MAIL REÇU LE 6 NOVEMBRE 2012 ET SIGNÉ "UNE MARSEILLAISE"

Chroniques. Volume 3, Des jours entiers, des nuits entières
de Xavier Durringer

No love ELLE.- Un léger laisser-aller. T'as pris disons... trois minutes de plaisir et moi j'ai pris perpète. J'ai même pris la double peine quand tu t'es barré au bout de six mois. Qu'est-ce que j'ai fait pour en arriver là ? Cet après-midi-là, tu devais passer au distributeur du bar de la plage ou foncer à la pharmacie. Tu m'as dit, j'ai foncé mais c'était fermé et j'ai oublié de retourner sur la plage, mais c'est pas grave, je sais me retenir qu'il m'a dit. Je vais sauter du train. Oh la jolie attention, ooh la jolie phrase ! Ben le train, il est passé trop vite... Klong... Klong... Klong, la petite sonnerie du passage à niveau, quand je l'ai entendue, c'était déjà trop tard. T'as pas sauté du train mon vieux, t'es resté électrocuté sur mes hanches, t'as pris du 1 000 volts dans le cul et t'es resté scotché dans mon ventre, t'as pas sauté, ça allait un peu trop vite pour toi. J'ai senti un petit grésillement sur la ligne électrique, comme une petite étincelle, comme un déraillement, le petit coup de rein à la con, le petit coup de trop comme on dirait un petit dernier pour la route avant l'accident. J'ai vu comme une petite lumière dans un millième de seconde d'inattention comme le départ d'un bouchon de Champagne, le ciel s'est déchiré, le bouchon de Champagne a rebondi sur le plafond et avant même qu'il retombe, j'avais pris perpète. Le premier mois à gerber tout ce que je pouvais entre quatre murs puis à me balader comme un énorme morse à m'échouer sur le canapé, à lancer des appels au secours à la terre entière Mayday Mayday, venez m'aider ! Et puis le grand jour est arrivé qui a duré trente-six heures où on m'a collé un boulet avec une chaîne aux pieds et deux énormes mamelles qui se vidaient et se remplissaient toute la journée. Cayenne, à broyer du noir dans le baby blues. (...)

Le clown et la geisha
de Alexandre Naos

S'il n'était le regard oblique que vous me décochez avec insistance depuis quelques précieux instants, j'opterais volontiers, monsieur, pour vous laisser à votre légitime solitude. Or vous persistez à m'observer sous toutes les coutures. Est-ce à dire que vous vous interrogez sur le point de savoir si vous n'avez pas déjà aperçu cette tête quelque part ? Possible, du reste. Rien n'est impossible dans cette mégalopole absurde tenant lieu de capitale à ce pays exsangue. Notez bien que j'accepterais gracieusement de m'asseoir à votre table si j'étais convaincu de ne point jouer les importuns. Je n'apprécie guère de déranger les gens sirotant paisiblement leur verre, voyez-vous. Chacun a droit à un bref moment de répit en ce monde chargé de violence jusqu'à la gueule. Je respecte cela. Au contraire, cela vous ferait grand plaisir ? Ce n'est pas de refus, alors. Oui, je prendrai comme vous. Ce cocktail entre vos mains a l'audace de me mettre instantanément l'eau à la bouche. Il est à base de rhum, originaire de Cuba ? Je l'avais deviné. Il ne manque qu'un délicieux cigare, un de ces havanes, et l'on se croirait sur cette île fascinante des Caraïbes. Voilà, le patron a vu votre signe. Il s'exécute. Parfait. J'aime le rhum, il me relaxe. Surtout par ce temps à noyer un poisson ! Ne la trouvez-vous pas inquiétante, cette mousson perpétuelle ? Et cette saleté de moiteur étouffante pourrissant tout ce qu'elle enrobe ? Réchauffement climatique oblige ? Paraît-il. Justement, voici le journal météo à la télévision. Diable, ces fichus écrans sont partout de nos jours ! Jusque dans les toilettes publiques ! Impossible de les éviter. Et ne tentez point de demander au patron d'en diminuer le volume. Il piquerait une crise, vous affublant au passage de tous les noms d'oiseaux. Un véritable fléau, ces téléviseurs ! Strictement interdit en outre de les éteindre ? J'avais oublié ce récent décret. Ou plutôt feignais-je de l'oublier. Que ne vont-ils encore inventer ? Le pire étant que les gens se figurent regarder l'écran. Amusant, n'est-ce pas ? Ils n'ont pas encore réalisé que ce sont les écrans qui les observent. Parfaitement. Grâce à leurs caméras microscopiques dissimulées allez savoir où. Lorsqu'ils s'apercevront que leur téléviseur est, sinon un écran de fumée, un miroir sans tain, dur sera le réveil. Remarquez, on n'y prête plus garde avec le temps. À quoi fait-on encore attention de nos jours, je vous le demande ? Monde dystopique dans lequel nous baguenaudons ! Gavés comme des oies par ces pseudo-informations, vérités ou contre-vérités ! Mais aussi ces publicités, photos, vidéos, textos, tweets. Sans parler de cette diarrhée d'interdictions, de lois, décrets, suggestions... Enfin, ce que vous voudrez ! Si bien que nos neurones finissent par contracter un Alzheimer précoce. Évanouis, mon cher monsieur, nos simples réflexes humains ! Englués dans ce magma d'injonctions administrées en permanence depuis... Oh ! on ne s'en souvient plus ! L'oubli, monsieur. La faculté principale de l'homme. Le saviez-vous ? Sans elle, toute personne deviendrait démente. Ou morte étouffée par ces milliards de stimuli inutiles captés en continu par nos sens.

Les impostures du réel
de Frédérick Tristan

De cette minuscule salle de campagne où, le jeudi, on projetait des films l'après-midi à partir de 16 heures, poussiéreux et merveilleux endroit où j'allais accueillir le mystère, je me souviens de la caisse en forme de castelet où se tenait fièrement la marionnette chargée de distribuer les billets écrits à la main sur du papier quadrillé d'écolier, de son entrée masquée par un rideau qu'il fallait écarter pour pénétrer dans le lieu saint, et aussi de ses banquettes au revêtement en lambeaux dont le dossier se rabattait avec un bruit de ressort rouillé, mais surtout du faisceau lumineux chargé des volutes de la fumée des cigarettes qui, par je ne savais quel canal, traversait l'obscurité pour faire éclore les images en noir et blanc de Chariot pompier ou de je ne sais plus quelle histoire où un homme déguisé en femme s'acharnait à vouloir grimper le long d'un mur pour atteindre un balcon. Ce petit cinéma appartenait à un vieil homme que l'on appelait le Père Munot. Cet amateur d'anciens films en noir et blanc, le plus souvent muets, choisissait un peu au hasard les titres dans le fond d'une cinémathèque de Lyon qui les lui louait pour un montant dérisoire. Fasciné par des récits que mon jeune âge rendait énigmatiques, je suivais mouvements et dialogues des personnages avec la sensation quelque peu effrayée d'être embarqué dans un rêve, non pas le mien, mais celui que la petite machine à dévider la pellicule m'imposait, installée derrière mon dos et dont on entendait un permanent cliquetis, sans que je puisse arrêter le cours sautillant de cette existence seconde aux gestes excessifs, aux paroles souvent criardes et parfois inaudibles. De voir ainsi ces messieurs et dames, prisonniers d'une durée enregistrée à jamais dans une bobine que le Père Munot appelait une galette et qu'il m'avait un jour montrée, me paraissait le comble d'une torture semblable à celles que les damnés devaient subir dans l'Enfer qu'évoquait l'abbé au catéchisme avec des détails qui laissaient penser qu'il y était allé. Combien j'eusse aimé que les films projetés dans cette salle puissent revenir en arrière comme, pour nous faire rire, on nous l'avait montré un après-midi de patronage, tout en sachant que le subterfuge n'était qu'un leurre, que les comédiens demeuraient fixés dans la bobine avec leurs gesticulations à l'envers et leurs mots transformés en gargouillis, sans qu'ils s'échappent pour autant d'un destin dans lequel ils étaient épingles comme papillons dans une boîte. Mais, tout de même, dès que l'heure approchait, je me faufilais hors de la maison, je me rendais jusqu'à la salle obscure où le spectacle était donné, avec le même désir de pénétrer dans l'obscurité de ce mystère et la même crainte de devoir constater que jamais, jamais aucun des personnages ne parviendrait à sortir du film, à venir me rejoindre et s'asseoir à mon côté dans la salle.