Les extraits de livres

Le château de Versailles raconté aux enfants
de Elsa Martin

C'est Victor Hugo qui L'a dit : le château de Versailles est le livre d'histoire de la France. La raconter aux enfants est la chose la plus difficile. Elsa Martin relève le défi avec érudition et alacrité, sans pasticher les mots de la jeunesse ou la réalité historique. On suit Louis XIV qui impose son indépendance - avant son pouvoir- dans «ses «jardins, s'enivrant de petits pois et de danses. Et Louis XV dans les secrets du Petit Trianon. Et Louis XVI dans la tragédie de la Révolution. Et puis voilà Napoléon ler au Grand Trianon, Louis-Philippe qui veut réconcilier la France et Napoléon III qui veut la réconcilier avec l'Angleterre. Et la République qui s'installe chez les rois. Et De Gaulle qui y accueille les monarques du XXe siècle. On y croise Mozart et tous les génies du Grand Siècle. Sacha Guitry nous conte ce passé. Jeff Koons le bouscule. De date en date, on caracole. Tout se trouve à Versailles, tout s'y retrouve. Surtout, Louis XIV y voulait partout des enfants. Ils y sont chez eux... Catherine Pégard, présidente de L'Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles. * 10 et 11 novembre 1630 LA JOURNÉE DES DUPES, OU LA RÉVOLTE D'UN FILS CONTRE SA MÈRE Déchirant l'obscurité, le carrosse du cardinal de Richelieu longe les marais qui entourent le petit village de Versailles. Gravissant une butte balayée par le vent, il s'arrête à la porte d'un modeste pavillon de chasse. Le cardinal descend de voiture à la hâte. Le plus puissant ministre de France est inquiet. Ce matin à Paris, Marie de Médicis, la mère du roi Louis XIII, lui a reproché de trahir les intérêts du royaume ! La situation est tendue. Deux partis s'opposent pour influencer la politique du roi. Le cardinal est soucieux, car le souverain ne l'a pas soutenu et a gardé le silence devant les propos de sa mère ; il se prépare à la disgrâce. Livide, il monte au premier étage et entre dans une pièce éclairée par de grands bougeoirs d'argent. Assis à son bureau, Louis XIII l'attend. La colère déforme son visage. Mais contre toute attente, c'est envers sa mère qu'il commence à fulminer : elle veut toujours tout décider et le traite encore comme un enfant, alors qu'il a bientôt 30 ans ! «Je suis plus attaché à mon État qu'à ma mère», lui dit-il. Le cardinal retrouve ses couleurs, le roi est de son côté. Le lendemain, Marie de Médicis et ses partisans sont écartés sur ordre du roi. Tel est pris qui croyait prendre ! Ce retournement de situation reste dans les mémoires sous le nom de journée des Dupes !

La nouvelle révolution française
de Emmanuel Steiner

Sex impulse ! Irrégularité anatomique Starbanger remarque, face au miroir de la salle de bain, une petite bosse qui se développe à vue d'oeil sous sa peau, entre les poils pubiens, avant d'éclore sous la forme d'un deuxième pénis centrum erectionis le même jour et les suivants ce sont trois, quatre, puis bientôt une douzaine d'autres qui jaillissent suivant le même processus, allant de seulement quelques centimètres à près d'un mètre pour le plus impressionnant lorsqu'il se gorge de sang, pouvant prendre de multiples formes, de simples excroissances de peau jusqu'à de véritables tentacules bénéficiant toujours de la même vigueur ces protubérances sortent de son abdomen, parfois à la racine de son sexe, quand ce n'est pas directement dessus, alors que d'autres apparaissent sur des parties plus problématiques de son corps, telles que ses hanches, ses fesses ou ses omoplates, se dressant de façon alternative et incontrôlable Orgasm on demand Mrs Starbanger est évidemment la première à tirer profit de la situation, retrouvant à cette occasion un appétit sexuel qu'il ne lui connaissait plus depuis longtemps pleasure zone elle se découvre une réelle passion pour toutes ces verges qui poussent toujours plus nombreuses chaque jour, elle passe de l'une à l'autre, mais aussi et surtout en branle plusieurs à la fois avec sa bouche, ses doigts, son anus ou son vagin, traversée d'interminables vagues orgasmiques lorsqu'elle réussit à en faire éjaculer plusieurs simultanément neverenough elle fait preuve d'une avidité qui ne cesse de le surprendre, ne semblant jamais rassasiée, curieuse d'explorer toutes ces nouvelles positions qu'elle improvise inlassablement sur ses oreilles, ses joues ou son nez, voire sur sa nuque ou dans ses cheveux, ne pouvant plus s'arrêter, sitôt qu'elle le retrouve, de faire l'amour avec lui d'autant qu'il devient impossible à Starbanger de quitter le domicile conjugal, avec tous ces phallus en mouvement qui semblent danser tels des serpents, et ce quelle que soit la taille xxl des habits que lui achète sa femme, puisqu'il finit systématiquement par les trouer, même après les avoir ligaturés contre son torse (...)

À : Hommages, adresses, dédicaces
de Jacques Goorma

À l'échancrure émail d'un sourire lait d'une poitrine nue blanche promesse du poème À l'éveil les yeux de la source écoutent l'inconnu Au défi fermer les yeux pour voir À l'enfant éloigné nul baiser ce soir ne viendra étoiler de frissons le nid de sa nuque Au pèlerin immobile dans la boue glorieuse le visage soigneusement léché par le grand ours bleu il respire À l'enfant qui veille jet de l'oiseau l'arbre lance des pierres d'encre qui glissent en nous par les vitres silencieuses et rendent soudainement le paysage à sa présence Au sacrifié il fallait en rogner un dans l'année c'est tombé sur février depuis il boite il manque un jour à son soulier

La vie évangélique : pia desideria
de Philippe-Jacques Spener

Philippe-Jacques Spener, fondateur du piétisme À la fin du XVIIe siècle un réveil toucha un certain nombre de couches et de lieux du protestantisme allemand. A ces gens «réveillés» fut appliqué, dans la région de Francfort, le sobriquet de «piétistes». A l'origine de ce mouvement il y avait un pasteur alsacien : Philippe-Jacques Spener. Spener est né à Ribeauvillé le 13 janvier 1635. Son père, un juriste, était au service des comtes de Ribeaupierre comme conseiller et archiviste. Un milieu familial très religieux, l'influence de sa marraine la comtesse Agathe de Ribeaupierre et du prédicateur de la cour Joachim Stoll, la lecture de divers écrits d'édification (Johann Arndt, Vom wahren Christentum ; Lewis Bayly, Praxis Vietatis ; E. Sonthomb, Guldenes Kleinod) marquèrent l'évolution religieuse du jeune Spener. De 1651 à 1658 il fit des études aux Facultés de philosophie et de théologie de l'Université de Strasbourg. En 1653 il acquiert le grade de maître en philosophie avec une thèse dirigée contre Thomas Hobbes (De conformatione creaturae rationalis ad creatorem). C'était l'une des premières réactions critiques vis-à-vis de ce philosophe anglais. Dans sa thèse, Spener s'efforçait de prouver le lien de l'homme avec Dieu, en s'appuyant sur la Bible et sur la théologie naturelle de l'Antiquité. Il surmonte à cette époque aussi une crise spirituelle. Un goût prononcé pour la généalogie et l'héraldique le mettra en rapport avec différents milieux de la noblesse. Par la suite il publiera plusieurs écrits sur ce sujet. À la Faculté de théologie de Strasbourg, il rencontra le professeur Jean Schmidt, ouvert à l'oeuvre de Johann Arndt, influent auteur d'édification luthérien, marqué par certains courants de la spiritualité médiévale. Schmidt était sensible également à l'apport du puritanisme et prônait un certain nombre de réformes au sein de l'Église luthérienne. Plus combattif sur le plan proprement doctrinal était un autre enseignant de Strasbourg, Jean Conrad Dannhauer, une des grandes figures de l'orthodoxie luthérienne, qui s'illustra notamment par de nombreux écrits de controverse. Un autre maître strasbourgeois, Sébastien Schmidt, l'initia à l'exégèse. De 1654 à 1656, Spener oeuvra comme précepteur des fils du comte palatin Christian de Deux-Ponts-Birkenfeld. De 1659 à 1662 un voyage d'études le mena à Genève, Stuttgart et Tübingen. En 1663 il devint prédicateur libre (Freiprediger) à la cathédrale de Strasbourg. En 1664 il soutint sa thèse de doctorat en théologie sur la nouvelle naissance. Le même jour il se maria. Son projet d'entreprendre une carrière universitaire fut interrompu par un appel venu de Francfort-sur-le-Main. Il fut sollicité en 1666 pour devenir senior des pasteurs de la ville, c'est-à-dire pour diriger le corps pastoral de Francfort. Il accepta et, à 31 ans, allait occuper un poste ecclésiastique influent. (...)

La demoiselle de Wellington
de Dorothée Piatek

26 AVRIL 1917, CAMPAGNE ANGLAISE. - A-t-il prononcé une dernière fois mon prénom ? Avait-il un sourire dans les yeux ? Dites-le-moi, je vous en prie. - Il a dit votre nom, oui, madame, ses derniers mots vous étaient destinés, répond le capitaine Wilson à la veuve Kingston. Les cheveux de la jeune femme ont la couleur des blés mûrs, la beauté de la campagne anglaise où valse au ras des herbes une brume fantomatique en cette matinée d'avril 1917.Tout ici est doux et paisible. Le ciel semble reculer, le rouge, comme une ligne posée, tire un trait sur l'horizon en direction de la Manche. - Mes plus sincères condoléances dans le triste deuil qu'il vous faut porter, madame. Le capitaine, empli de compassion, dépose au creux des mains tremblantes de Jenny une enveloppe marquée d'un sceau et maintient un instant son regard dans celui de la jeune veuve. - Vous y trouverez quelques photos, un carnet, la plaque de matricule et les deux boutons de manchette de votre mari... Puis, coiffant son casque, il s'incline une dernière fois avant de remonter le chemin en direction de la lande. Devant lui, la nature se débat en ce printemps glacial pour donner vie aux bourgeons naissants. Des larmes de rosée fouettent la jupe de Jenny Kingston, qui s'est agenouillée dans le pré. - Le printemps pourra-t-il renaître un jour..., balbutie-t-elle en posant une main sur son ventre. Son âme trouvera-t-elle le chemin pour rentrer à la maison, la France est si loin. - Son coeur court déjà à travers les plaines, Jenny. Entends la brise qui l'apporte, chuchote Katarina en glissant une main sous le bras de sa soeur pour l'inviter à se relever. Rentrons, tu vas prendre froid. - Dean, murmure Jenny. Dean ! répète-t-elle en hurlant avant de s'élancer à travers le champ, en direction de la falaise. Katarina rattrape sa jeune soeur, qui se laisse tomber avec un râle déchirant. Le capitaine Wilson clôt les yeux en entendant l'écho des hurlements de la veuve qu'il vient d'abandonner à sa douleur. Dean Kingston, soldat du deuxième bataillon du Suffolk Régiment, abattu sur le champ de bataille non loin de la carrière Wellington, est le premier d'une liste de quatre dont il est chargé ce matin d'annoncer la mort à travers la campagne anglaise.