Les extraits de livres

Enquêtomania : 16 énigmes à résoudre
de Valérie Sansonnet

Le dictionnaire Larousse junior, 7-11 ans, CE-CM
de Collectif

Récits et recettes du ressac : la pêche à pied
de Patrick Cadour

ON PEUT PENSER QUE DÉCOUPER OU CUIRE UN CRABE VIVANT EST PLUS HORRIBLE QUE D'ÉCRABOUILLE R UN MOUSTIQUE ENTREPRENANT, OU DES CENTAINES DE MOUCHERONS SUR UN PARE-BRISE DE VOITURE, VOIRE REFUSER DE PARTAGER SON LIT AVEC DES PUNAISES AU MOINS LE CRABE, JE VAIS LE MANGER, ET AINSI PERPÉTUER LE LIEN CHARNEL QUI S'EST ÉTABLI ENTRE L'HOMME ET LA NATURE DEPUIS LES ORIGINES. LE FLUX ET LE REFLUX NOUS FONT MARÉE Les grandes marées sont devenues des événements médiatiques. Elles déplacent les foules en deux groupes de personnes. L'un est celui des adorateurs de la marée haute, fascinés par le spectacle majestueux de la mer qui enfle jusqu'à ras bord. Je m'adresse dans ces pages aux fanatiques de la marée basse, ceux qui se rendent sur l'estran pour en ramener des denrées comestibles, transformant parfois la pêche à pied, qui était une activité locale récréative ou de subsistance, en une manière de fête foraine, attirant des populations venues de loin. Je raconte aussi pour les passionnés de la vie sauvage, pour ceux qui ont de la tendresse pour les drôles d'habitudes de nos petits voisins de plage, et le coeur un peu serré quand ils découvrent un crabe ou un poisson mort roulé par le ressac. Vous lirez çà et là que la pêche à pied est l'une des plus anciennes activités de chasse pratiquées, que les archéologues ont découvert des amas coquilliers un peu partout où l'homme habitait auprès de l'eau. Tout ceci est exact, et on pouvait d'ailleurs s'en douter, à part quelques nageurs de compétition comme les crevettes, nous avons affaire à des proies peu véloces. Toutefois l'appauvrissement de l'estran est patent, car de façon cumulative, effluents agricoles et urbains, surpêche, constructions diverses, élevages conchylicoles et pollutions maritimes mettent en péril la vie sauvage, ou au moins son foisonnement. Il ne suffît plus de se baisser pour pêcher. La mer nous semble immense et ses ressources infinies, c'est loin d'être le cas, même le sable est devenu un bien économique rare. La concurrence entre pêcheurs amateurs et professionnels s'exacerbe, et le législateur intervient forcément pour indiquer qui peut faire quoi, où et comment. Comme nous sommes en France, l'activité réglementaire est échevelée et surabondante. Il coexiste au moins six niveaux de nomothètes zélés venant gribouiller sur nos grèves : l'européen, le national (écologie, pêche, affaires sanitaires, etc.), le régional, le départemental, le local (golfe du Morbihan, par exemple) et le municipal. À l'origine, on a sagement défini trois zones de réglementation, mais désormais les particularités locales ont fini par créer un imbroglio qu'il faudrait au minimum toiletter. Les contrôles sont fréquents, la maréchaussée cible les espèces les mieux valorisées (ormeau, pousse-pied, homard, etc.), mais vous n'êtes pas à l'abri si on vous prend avec trop de coques en stock. J'ai grandi en bord de mer, en Bretagne du Nord, et en Afrique de l'Ouest comme de l'Est, à une époque où ces limitations n'existaient pas. La proximité des estrans et l'abondance relative nous autorisaient à pêcher sans avidité, et on ne cherchait pas à réaliser des tableaux de pêche. Évidemment, par ignorance, on prenait trop de juvéniles, comme ces minuscules crevettes roses qui terminaient broyées dans du beurre. Ramasser un crustacé femelle blindé d'oeufs ne nous tourmentait pas. L'idée de pénurie n'effleurait personne. Les temps ont changé, mais s'il faut responsabiliser les pêcheurs, au moins faisons-le de façon compréhensible. (...)

Désir d'être l'enfer
de Zo Brinviyer

UN. LA POUDRE. Dans un coin de la chambre 53, section B, dans la colonie pénitentiaire de Mettray. Jean vise avec sa main Mathieu et Pascal. JEAN. - Voici le véritable, l'authentique Colt 45, le revolver de la frontière, celui dont s'est servi William Bonney, alias Billy the Kid. Vous pouvez le toucher. Écoutez le sifflement de la dernière balle d'un bandit adolescent. Billy ne grimpe pas aux arbres, ne joue pas à Un deux trois soleil, ne fait pas la chasse aux lézards. Billy découvre dès son plus jeune âge ce qu'il est capable de faire pour survivre. Et il apprend qu'on ne dégaine jamais en vain. Il sait qu'on tue toujours de face, jamais dans le dos. Billy comprend qu'il ne faut insulter personne si les mots ne sont pas suivis d'une balle. Billy ne perd pas son temps, il n'a pas peur. Et il appuie sur la détente sans la moindre hésitation. La dernière chose que ceux qui vont mourir entendent, c'est le rire lumineux de Billy qui se faufile entre ses dents toutes tordues. À l'âge de 21 ans, il a tué vingt et un hommes, sans compter les sales Apaches Mescalero. Le vent soulève la poussière de la plaine. La silhouette du cadavre de Billy the Kid commence à se dessiner sous le sable. Il respire encore. Les morts reviennent pour nourrir les rêves des vivants. «Levez le rideau Baissez vos pantalons William Bonney va danser»

Canicule : évangile apocryphe d'une famille, d'un pays
de Lola Blasco

Les trois frères sont assis sur le minuscule canapé de la salle d'attente de l'hôpital. Tous leurs mouvements se font trois par trois. L'AÎNÉ. - Il fait un soleil de plomb. CELUI DU MILIEU. - De plomb, oui. LE PLUS JEUNE. - Oui, de plomb. Silence. L'AÎNÉ. - Et dire que j'étais si content en me levant ! CELUI DU MILIEU. - Ce sont des choses qui arrivent, parfois. LE PLUS JEUNE. - Quand le soleil tape aussi fort... CELUI DU MILIEU. - Un soleil de plomb. L'AÎNÉ. - De plomb, oui. (Silence.) Pourquoi on ne peut pas entrer ? CELUI DU MILIEU. - Il a dit que, pour entrer, il préfère qu'on entre un par un. L'AÎNÉ. - Pour entrer ? LE PLUS JEUNE. - Je ne comprends pas pourquoi il ne nous laisse pas entrer tous ensemble. CELUI DU MILIEU. - Il ne se sent pas bien. LE PLUS JEUNE. - C'est un connard. L'AÎNÉ. - Un par un ? CELUI DU MILIEU. - Il dit qu'il nous recevra un par un. L'AÎNÉ. - Qu'il nous recevra pour quoi faire ? Celui du milieu. - Pour parler. L'Aîné. - Parler ? De quoi ? Celui du milieu. - Parler. L'AÎNÉ. - Notre famille n'est pas de celles où l'on entre un par un pour parler. LE PLUS JEUNE. - Connard. L'AÎNÉ. - Tais-toi. LE PLUS JEUNE. - Qu'est-ce qu'il y a ? On ne peut pas traiter son frère de connard ? CELUI DU MILIEU. - C'est pas sympa. LE PLUS JEUNE. - Si mon frère est un connard, je n'ai pas le droit de le dire ? Il veut qu'on entre un par un pour parler ? En file indienne ? Comme si on était des moutons. Il pense qu'il vaut mieux que nous. (...)